Reflexions Sentiments, amour, amitié

Chatouille, deuil de mon animal

Chatouille

J’ai eu la chance d’avoir ma chatte Chatouille pendant presque 16 ans.  Je l’avais adopté le 30 septembre 2009, elle avait à peine 8 semaines.

La rencontre

Je l’ai adopté mais c’est elle qui m’a choisi à l’animalerie.  J’essayais d’attirer l’attention d’un petit chaton tout noir mais c’est la petite grise, avec un peu de blanc au bout de la queue qui attaqua mes doigts pour défendre tout ceux en cage.  Elle avait déjà cet air un peu frais chié.

C’était un chat de gouttière comme on dit.  Pas de race précise mais bel et bien un mélange, avec du siamois évidemment.  Sa posture, ses oreilles et son regard perçant.  Sa fourrure d’un gris lumineux qui devenait presque bleu à la lumière.  Ses yeux jaune-vert, selon son humeur et la température.

Le premier soir, elle avait le vent dans les voiles telle une tempête qui va s’abattre sur l’humanité, c’est à dire, moi.  Malgré l’obstacle, un dessus de table dans une boîte, elle avait escaladé pour partir à l’aventure dans la maison.  À peine quelques livres, mais elle possédait déjà une volonté de tyran.

Elle se déplaçait à la vitesse de l’éclair.  Je ne savais plus trop quel nom lui donner, j’hésitais entre Thunder et Trash métal tellement elle était bruyante.  Une si petite chose pouvait faire autant de bruit.

Le lendemain matin, je lui donnais le nom de Chatouille.  Ce nom m’avait été donné en rêve.  Très colleuse avec moi, elle me suivait partout.

Dotée d’une intelligence

Chez le vétérinaire pour son rendez-vous pré-opération, elle a démontré des signes d’intelligence comme la dit si bien, le vétérinaire.  Il voulait la faire jouer avec la lumière de l’otoscope, mais elle a regardé la lumière puis s’est tourné vers l’origine de la lumière et a attrapé l’otoscope avec ses pattes.  Surpris, le vétérinaire m’a dit qu’elle était intelligente et que je pourrais lui montrer des tours.

Nous avons donc appris, des tours, ensemble, Chatouille et moi.  Bonjour, tête contre tête pour lui dire que je lui appartenais.  Quand je lui disais, à mon arrivée, qu’elle avait de grosses cuisses parce qu’elle les étirait suite à son immense sommeil de la journée, elle les étirait encore plus puis se couchait et s’étirait telle la tire maison.  Puis, je lui disais : rou-le-rou-le.  Elle se mettait à rouler de gauche à droite, de droite à gauche.  Un soir, elle m’avait apporté un papier dans mon lit, je l’ai lancé parce que je voulais dormir.  Erreur.  Elle voulait m’apprendre à jouer lancer le papier.  Chatouille me le rapportait et tel un enfant, elle prenait beaucoup de temps à se lasser du jeu.

Elle avait aussi ce don, elle sentait lorsque j’avais une douleur.  Elle s’installait dessus, me réchauffant mais aussi en ronronnant.  J’ai appris, selon une étude scientifique, que le ronron d’un chat utilise la même fréquence de hertz que les physiothérapeutes utilisent.  Incroyable n’est-ce pas ?

Sans parler, lorsque le mal être intérieur s’installait en moi.  Elle n’hésitait pas à venir sur moi, coller sa tête contre la mienne.  Au début, je croyais qu’elle avait besoin d’affection, mais non, en fait, elle me donnait ce dont j’avais besoin.

Exigeances

Un chat, ce n’est pas exigeant.  De la nourriture, de l’eau fraîche, une litière propre, des jouets pour stimuler et de l’attention, quand il en veut.  Chatouille prenait parfois ma main, le matin, avec sa petite patte pour me dire qu’elle avait faim.  Elle jouait dans son eau quand elle n’était pas à son goût.  Et si par malheur, j’oubliais sa litière et qu’elle était trop pleine, elle faisait pipi dans le trou du bain.  Elle avait deux litières, une pour le pipi et l’autre pour son caca.

Elle adorait que je la brosse avec un gant spécial pour enlever les poils lors de la mue du printemps ou de l’automne.  Je prenais ces tas de poils et je les mettais dehors, accessibles aux oiseaux qui les utilisaient pour leur nid.

Nous avions ce lien spécial entre nous.  J’étais partie à l’extérieur pour le travail et mon conjoint était à la maison pour s’occuper d’elle.  Il ne l’a pas vu du weekend.  J’avais texté mon amoureux pour lui dire que j’arrivais dans 1h15 environ.  Quand je suis arrivée dans les limites de la ville, Chatouille a sorti de sa cachette, s’est assise sur le palier et fixait la porte intensément.  Mon amoureux trouvait ça incroyable.  Elle était si heureuse de me voir arriver.

Plus les années passaient, plus je la voyais vieillir.  Montrer des signes que son corps commençait à dégénérer.  Plus de difficulté à étirer ses pattes, à sauter.  On s’arrangeait pour placer les meubles pour lui faciliter ses déplacements.   Elle avait plus froid, se tenait coller sur le calorifère.  Parfois, elle avait de la difficulté à passer de debout à assise ou coucher, la transition était plus longue à faire.  Puis, des journées, elle retrouvait la vigueur de sa jeunesse.

Vieillir…

Et c’est là que j’ai eu cette réflexion, nos animaux sont comme nous lorsque nous vieillissons.  Parfois, malgré la perte de nos capacités, nous retrouvons la vigueur de nos vingt ans.

On se mélange aussi dans ces signes, on pense que c’est normal, son âge avance pour se rendre contre trop tard que la maladie s’était installée sans crier gare.

Comme, avant de partir en vacances, je croyais qu’elle s’était étouffée avec une croquette parce qu’elle essayait de cracher et faisais de la broue.  Alors que mon amie m’a expliqué que c’était de l’insuffisance cardiaque, elle avait eu un chat qui avait ce problème et avait dû l’euthanasier.

Elle avait eu quelques pertes d’équilibres, mais ce n’était pas des signes de vieillesse mais bien de petits AVC.  Quand on ne connaît pas ça.  Chatouille était mon premier chat à se rendre à 16 ans.  Je n’ai jamais eu besoin d’aller chez le véto sauf pour la stérilisation et ses vaccins pré et post opération.  C’est ça un chat de gouttière, c’est solide ! Et si fragile aussi.

Puis, le 9 septembre en avant-midi, pendant que j’étais à Belfast, elle a fait un gros AVC.  Ses pupilles dilatées mais différemment, elle ne clignait plus des yeux complètement avec sa bouche légèrement entrouverte.  Elle ne répondait plus aux stimuli, ne bougeait plus ou à peine.  Mon beau-fils s’est occupé d’elle en attendant le rendez-vous chez la vétérinaire.

Pendant cette nuit-là, j’ai médité et parlé à ma Chatouille.  De s’en aller pendant qu’elle était à la maison pour ne pas être seule chez la véto qui allait l’euthanasier sur son heure de lunch, son horaire était plein mais elle prenait du temps pour ne pas la laisser souffrir. 

Départ

C’est en parcourant la ville de Dublin, devant un petit resto que mon amoureux reçu la nouvelle.  Chatouille était partie entre 5h et 6h du matin, à la maison, dans la chambre avec mon beau-fils.

J’ai éclaté en sanglot.  Mon amoureux m’a consolé du mieux qu’il pouvait.  Il m’a dit de vivre ma peine.  Nous étions en voyage, un voyage d’une vie, vous voyez le genre.  Je n’ai pas réussi à la mettre complètement de côté.  Parfois seule, dans mon banc d’autocar, je tombais dans la lune en passant à ma doudoune.  Je laissais couler les larmes, j’avais un rhume en plus donc, personne ne stressait.  Dans la salle de bain, dans la douche, je laissais les larmes couler.

Lors du retour en voiture, plus on approchait de la maison, plus mon cœur devenait lourd.   J’anticipais le vide, son absence.  Mon amoureux m’a dit de laisser aller, de pleurer.

Je ne sais pas combien de larmes ont coulé jusqu’à ce jour, je ne sais pas non plus combien devront glisser sur mes joues pour que son absence soit plus douce.  Je la cherche des yeux dans la maison, lorsque je cuisine ou quand je veux simplement changer de pièce.

Le vide

Mon arrivée à la maison est toujours comme en suspens, il me manque des gestes dans mon rituel, mais surtout Chatouille est absente.

Mon cœur est gris.  J ’ai l’impression d’avoir un gros nuage dans mon plexus solaire.  Il n’y a pas de soleil, que des nuages.  Je n’ai pas le goût de la remplacer pour atténuer ma peine.  Pour la vivre entièrement, totalement pour honorer Chatouille de m’avoir permise d’être là presque toute sa vie.  Je veux lui faire honneur d’avoir été un membre de la vie de Chatouille, nous étions peu.

Chatouille était mon bébé.  Quand j’étais fâché contre elle, je l’appelais Chatouille L’Abbé.  Son visage changeait tout de suite, elle savait qu’elle était allée trop loin, comme les enfants avec leurs parents.

Elle ne parlait pas le langage des humains, mais elle savait se faire comprendre et surtout, me comprendre.

Je pense à elle chaque jour, il me manque un morceau.  Un beau morceau, fait de gris tout bleu avec d’immense yeux soleil, rayons emprisonnés par ses yeux pour illuminer ma journée.

Ton humaine, Renée.